Le salafisme en Égypte n’est pas un phénomène monolithique, mais une force de transformation religieuse et politique qui a émergé dans les années 1970 pour devenir, entre 2011 et 2013, un acteur institutionnel majeur. Du statut de mouvement frériste marginalisé sous Nasser à celui de parti légal participant aux élections post-révolution du Printemps arabe, le salafisme incarne les tensions entre rigidité doctrinale et pragmatisme politique.

Comment un courant religieux initialement quiétiste (apolitique) s’est-il transformé en force politique capace de peser sur la Constitution égyptienne de 2012, avant de connaître un effondrement spectaculaire en 2013 lors du coup d’État de Sissi ?

Points Clés & Analyse

1. Les Trois Visages du Salafisme (Définitions Opérationnelles)

L’étude distingue trois dimensions du salafisme qui coexistent en Égypte :

  • Salafisme scientifique (quiétiste) : Rejet de la politique au profit de la réforme morale. Lutte doctrinale contre le soufisme et les innovations religieuses. Fondement intellectuel du mouvement.
  • Salafisme politique : Le parti Al-Nour, fondé après 2011. Accepte la participation électorale pour imposer la charia via des réformes institutionnelles (constitutionnelles notamment).
  • Salafisme jihadique : Courant minoritaire mais structuré, justifiant la violence armée. Présent mais largement éclipsé par les deux premiers.

2. L’Institutionnalisation via la Constitution de 2012 (Pivot Doctrinal)

La Constitution de 2012 représente la victoire maximale du salafisme politique. Deux articles cristallisent cette victoire :

  • Article 2 & 219 : Placent la charia au cœur de la législation égyptienne selon une interprétation stricte et orthodoxe (conforme à la sensibilité salafiste).
  • Article 4 : Concèdent à Al-Azhar un rôle exceptionnel de gardien de l’orthodoxie religieuse et d’interprétation de la charia. Les salafistes obtiennent une institutionnalisation de leur conception rigoristique de l’islam.

Le calcul politique : Les salafistes échangent une neutralité relative face à la révolution (2011) contre l’ancrage durable de leurs principes dans le texte constitutionnel.

3. La Rupture de 2013 : L’Illusion Brisée

Juillet 2013 marque un tournant radical :

  • Le coup d’État de Sissi renverse Morsi (Frère Musulman), un rival du salafisme politique.
  • Le paradoxe : Le représentant d’Al-Nour soutient publiquement le coup d’État aux côtés du général, trahi par la suite. La Constitution de 2012 est abandonnée.

Conséquences :

  • Al-Nour perd l’article 219 et légitimité auprès de sa base électorale.
  • Scission interne : certains radicalisés prônent un “salafisme révolutionnaire”.
  • Le mouvement redevient marginal, à la fois légal formellement mais politiquement affaibli.

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Ce dossier d’analyse (co-écrit avec Aurélien Saïag) décrypte la montée en puissance du salafisme égyptien, son rôle clé dans la Constitution de 2012 et sa marginalisation après le coup d’État de 2013.

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